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Alain Badiou : “Je le regrette. Et je suis heureux de le dire ici publiquement : je regrette d’avoir écrit ce texte. Mais il ne suffit pas de le regretter. Regretter et se repentir, on peut toujours le faire. C’est très facile. Nos chefs d’État eux-mêmes n’arrêtent pas de se repentir et de demander pardon. Au bout du compte, il vaut mieux penser que, comme le dit Spinoza, “le repentir n’est pas une vertu”.
Au-delà, donc, du fait que je regrette d’avoir écrit ce texte, je m’intéresse à la question de savoir pourquoi je l’ai écrit. Je l’ai écrit parce que j’avais été enthousiasmé par la victoire des Khmers rouges en 1975. Je n’ai pas été le seul. Relisez les premières pages du Monde à cette époque-là. J’ai ensuite voulu garder en moi cet enthousiasme, y compris contre le réseau des informations peu à peu disponibles. En politique, le découragement est monnaie courante, et l’enthousiasme est une denrée précieuse.
Quand les Khmers rouges prennent le pouvoir, c’est une éclatante victoire militaire. Pourquoi sommes-nous si enthousiastes ? Parce que c’est la victoire d’un tout petit peuple, organisé en guérilla rurale sous la direction des Khmers rouges, contre l’énorme armée américaine et ses complices locaux. Et c’est donc la validation d’un énoncé de Mao qui soutenait à l’époque l’espérance de millions de gens dans le monde : “Un petit peuple, s’il est uni et qu’il compte sur ses propres forces, peut venir à bout d’une grande puissance.” Encore aujourd’hui, cette idée que le plus faible par la puissance brute peut être politiquement le plus fort est d’une importance décisive.
Il y avait donc cet enthousiasme, et quand les Vietnamiens ont envahi le Cambodge, cette invasion m’a paru détestable. Quatre ans après avoir chassé les Américains, voilà que le Cambodge devait subir une nouvelle invasion ! Il ne faut pas oublier que le Cambodge a été envahi par l’armée vietnamienne en 1979 pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec le sentiment humanitaire, pour des raisons de pure puissance régionale. Il ne faut pas l’oublier, car mon article de 1979 est avant tout un article contre l’invasion vietnamienne.
En leçon de tout cela, je pense que nous devons méditer, au terme du XXe siècle, sur les ravages faits dans les rangs de la pensée progressiste et communiste – reprenons ce vieux mot – par l’enthousiasme victorieux, prématuré et sans limites. Parce que les millions et millions de gens, ouvriers aussi bien qu’intellectuels, qui sont restés enthousiastes de la révolution bolchevique pendant des décennies, y compris sous Staline, tous ceux, innombrables, pour qui la vie prenait tout son sens à la lumière de la victoire de la Révolution de 1917, nous posent une question bien plus vaste que ma personnelle errance cambodgienne.
Cette question résulte de ce que les peuples soulevés sont rarement victorieux. Très rarement. Tout le monde le sait. Du coup, une victoire, fût-elle douteuse, divisée, obscure, et parfois marquée de crimes effrayants, a une puissance de ralliement extraordinaire. Et ce que le dernier siècle nous a appris, c’est qu’il faut se méfier de la fascination pour les victoires. Je dirais même qu’une des grandes tâches de la politique contemporaine – la vraie politique, celle qui cherche l’émancipation de l’humanité tout entière -, c’est de redéfinir ce que c’est qu’une victoire. Une réelle victoire de la politique, de la politique au sens retrouvé de ce mot fondamental, et non pas, naturellement, au sens de la victoire d’untel contre untel née de l’addition des isoloirs.”
What is your earliest memory?
My mother naked. Disgusting.
What is the trait you most deplore in yourself?
Indifference to the plights of others.
What is the trait you most deplore in others?
Their sleazy readiness to offer me help when I don’t need or want it.
What was your most embarrassing moment?
Standing naked in front of a woman before making love.
What makes you depressed?
Seeing stupid people happy. (Ed note. Cut to me clapping the happy clap over cat videos and shit)
What is your guiltiest pleasure?
Watching embarrassingly pathetic movies such as The Sound Of Music.
What do you owe your parents?
Nothing, I hope. I didn’t spend a minute bemoaning their death.
To whom would you most like to say sorry, and why?
To my sons, for not being a good enough father.
What does love feel like?
Like a great misfortune, a monstrous parasite, a permanent state of emergency that ruins all small pleasures.
Have you ever said ‘I love you’ and not meant it?
All the time. When I really love someone, I can only show it by making aggressive and bad-taste remarks.
What is the worst job you’ve done?
Teaching. I hate students, they are (as all people) mostly stupid and boring.
How often do you have sex?
It depends what one means by sex. If it’s the usual masturbation with a living partner, I try not to have it at all.
What is the most important lesson life has taught you?
That life is a stupid, meaningless thing that has nothing to teach you.
I bet some shit by Wagner plays whenever he enters a room. I bet seconds after he enters a room, he rips all the paintings off the walls, tears out every page of every book on the shelf and then pounds at the carpet (that’s how he says “hi”). I bet he screams at his shit in the toilet for being a piece of stupid useless shit. I would swoon over Slavoj some more, but somebody just sent me another cat video that I have to clap the happy clap to.

“There is an anarchist leftist group here in London who hate me,” says Slavoj Žižek with a giggle as we settle into a dilapidated leather sofa in the bar of his Bloomsbury hotel. He is wearing freebie airline socks, an Italian T-shirt someone gave him and jeans that could easily have been made decades earlier in an unsuccessful Soviet tractor factory. “But fuck it, let’s speak frankly, no bullshit, most of the left hates me even though I am supposed to be one of the world’s leading communist intellectuals.”
Žižek summons the waiter and orders hot chocolate, Diet Coke and lots of sugar (“I am diabetic”). He is disappointed, he tells me parenthetically, that we didn’t do the interview in the hotel’s adjacent Virginia Woolf burger bar. “What would the Virginia Woolf burger be like?” he asks. “Dried out, topped with parsley, totally overrated. I always preferred Daphne du Maurier.” He then launches into a denunciation of the pretensions of James Joyce, arguing that his literary career went downhill after Dubliners, and then into a eulogy to the radical minimalism of Beckett’s Not I. Within minutes we’re on to German philosopher Peter Sloterdijk’s views on the Malaysian economic miracle, the prospects for Žižek’s film theory course in Ramallah and Katarina Wagner’s production of Die Meistersinger von Nürnberg, in which Hans Sachs is depicted as a Heil Hitler-ing Nazi. One’s task as a reader or interviewer of Žižek is rapidly to build a network of mental pontoon bridges to unite his seemingly autonomous intellectual territories.